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Posts Tagged ‘base de données’

Données personnelles : une infraction peut en cacher une autre

9 novembre, 2017 Commentaires fermés

C’est un arrêt intéressant à plusieurs titres que vient de rendre la cour d’appel de Paris le 15 septembre 2017.

Les faits tels qu’ils ont été rapportés par la cour sont relativement simples. Une société a collecté massivement les données personnelles contenues dans une base de données mise en ligne par l’une de ses concurrentes.

Un tel comportement pose deux questions sur le plan juridique : qu’en est-il de l’infraction d’accès, maintien et extraction frauduleuse des données ? Qu’en est-il de l’infraction de collecte déloyale de données personnelles ?

L’accès et le maintien dans un système de traitement de données

Données personnelles

Dans le cas présent, l’infraction d’accès et de maintien dans un STAD n’a pas été retenue. En effet, il apparait que le site dont les données ont été aspirées avait laissé l’accès ouvert au public n’avait pas mis en place de protection particulière oun’avait pas manifesté sa volonté d’en restreindre l’accès. La cour dit en substance que « Il n’y a pas eu utilisation d’un mode irrégulier de pénétration dans le système de traitement automatisé de données« .

Dans la mesure où les données sont librement accessibles en ligne, l’infraction d’accès et de maintien dans le système ne peut tenir.

En revanche, il y a une infraction connexe, l’extraction frauduleuse de données. Pour la cour, cette infraction est constituée. Ce n’est pas parce que l’accès aux données est libre que l’on peut extraire les données comme on veut. C’est donc bien deux choses différentes.

La cour souligne par ailleurs que les conditions générales du site interdisent l’utilisation et l’exploitation son contenu, c’est à dire les données, sans autorisation. La cour rappelle que l’extraction a été importante : « environ 16% des données du site victime sachant que ces données ne pouvaient être extraites sans autorisation expresse« .

La question des données personnelles

Les données extraites du site ont une qualité particulière : ce sont des données personnelles et à ce titre, elles bénéficient d’un régime juridique particulier. Le RGPD ne s’applique pas encore mais l’utilisation des données personnelles est d’ores et déjà soumis à une réglementation contraignante : la loi du 6 janvier 1978.

Protégez vos données personnellesConcernant les données personnelles, la cour écrit qu »Il s’agit des adresses électroniques avec des données nominatives pouvant être tant des personnes morales que des personnes physiques« .

La cour ajoute « L’utilisation de scripts ou robots visant à collecter et sélectionner les données notamment aux fins de savoir si le client était actif ou non sur le site […] constitue un moyen déloyal et frauduleux pour avoir été recueilli à l’insu des personnes physiques titulaires des adresses électroniques« .

Il n’est pas établi comme le soutient M. X. que le site […] s’adresse à un public exclusivement professionnel pour la réservation de divers évènements à caractère plus ou moins restreint. L’adresse apparente des organisateurs n’implique pas nécessairement l’autorisation explicite de leur part d’utiliser leur adresse s’agissant des personnes physiques n’ayant pas une adresse professionnelle spécifique. Le caractère accessible de ces adresses électroniques et l’absence de plainte n’établissent pas l’acceptation expresse d’utilisation de ces adresses électroniques. Le moteur de recherche utilisé pour accéder au site importe peu« .

La cour a considéré que l’infraction de collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite prévue à l’article 228-1 du code pénal était constituée.

En revanche, il y a une question qui n’a pas été tranchée par la cour parce qu’elle n’en n’a pas été saisie : quid de l’absence de protection des données personnelles qui étaient librement accessibles en ligne ?

En effet, même si le RGPD qui impose une étude d’impact sur la vie privée n’est pas encore en vigueur, laisser librement accessibles des données personnelles n’est pas envisageable.

L’article 226-17 du code pénal prévoit ainsi que « Le fait de procéder ou de faire procéder à un traitement de données à caractère personnel sans mettre en oeuvre les mesures prescrites à l’article 34 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 précitée est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende ». Les mesures prescrites par l’article 34 de la loi du 6 janvier 1978 sont « toutes précautions utiles, au regard de la nature des données et des risques présentés par le traitement, pour préserver la sécurité des données et, notamment, empêcher qu’elles soient déformées, endommagées, ou que des tiers non autorisés y aient accès« .

Il existe une solution pour vous préserver d’un tel risque : mettre les données personnelles au cœur de votre stratégie grâce au Privacy by Design.

L’arrêt de la cour d’appel de Paris est disponible sur le site de Légalis.

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Comment protéger efficacement une base de données

25 novembre, 2015 Commentaires fermés

Les bases de données sont partout. La quasi-totalité des sites internet en sont constitués, les entreprises possèdent toutes une base de données clients…. Ces bases de données ne sont pas toutes révolutionnaires mais certaines méritent une protection.

Je vais commencer par vous exposer les textes applicables à la protection juridique des bases de données avant de préciser comment appliquer efficacement ce texte à votre base de données.

Les textes protégeant les bases de données

Deux textes du code de la propriété intellectuelle protègent les bases de données.

Avant tout une définition : une base de données est définie par l’alinéa de l’article L.112-3 du code de la propriété intellectuelle comme « un recueil d’œuvres, de données ou d’autres éléments indépendants, disposés de manière systématique ou méthodique, et individuellement accessibles par des moyens électroniques ou tout autre moyen« .

Par ailleurs, comme le prévoit l’article L. 111-1 du code de la propriété intellectuelle, « l’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous ».

Une base de données peut donc être protégée par le droit général de la propriété intellectuelle. Lire la suite…

Petite contribution à la qualification juridique des Pearltrees

13 décembre, 2009 7 commentaires

Présenté il y a quelques mois par Jean-Michel Billaut, Pearltrees est un service qui propose à ses utilisateurs de ranger ou de cartographier des liens vers des sites internet en fonction d’une arborescence créée par eux-même. Il s’agit pour les utilisateurs de créer une carte de l’Internet selon une vision propre à chacun.

La propriété des Pearltrees créées par les internautes se pose, on en discute ici. Le code de la propriété pose dans son article fondateur le principe selon lequel « l’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous » (art. L. 111-1 C.P.I.). La première question à laquelle il faut répondre est de savoir si les Pearltrees sont des œuvres de l’esprit. Lire la suite…